antunes
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Antonio ANTUNES (Décembre 1998)
Secrétaire Général de
l'Association Latino-Américaine d'intégration (ALADI),
1993-1999.
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Interview réalisée par Michel CELI VEGAS le 2
décembre 1998 à Sao Paulo, à l'occasion du IV.Forum de l'entreprise
latino-américaine du programme Bolivar.
MCV: quelles sont les origines de l'ALADI?
AA: elle a été créée en 1980, conformément au traité de Montevideo et résulte d'une transformation de l'Association Latino-américaine de Libre-échange. Elle est composée des quatre membres du MERCOSUR que sont l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, les cinq pays andins (L'Equateur, la Colombie, le Pérou, la Bolivie et le Venezuela) puis le Chili et le Mexique.
MCV: quelle est sa structure et quels changements ont été réalisés durant votre gestion?
A.A: l'association possède un organe politique suprême, le Conseil des Ministres, qui se réunit toutes les années. Il existe également un organe politique permanent, le Comité des Représentants dont le siège se trouve à Montevideo et qui se réunit une fois par semaine. Finalement, il y a le Secrétariat Général, qui est l'organe technique et que j'ai le plaisir de diriger depuis 1993, à l'occasion de deux mandats consécutifs.
Le secrétariat a été modernisé de fond en comble. Nous avons actuellement, entre autres, un réseau intranet, grâce auquel nous passons des contrats informatisés. En conséquence, notre productivité s'est vue améliorée et nous avons réalisé des études de grande envergure sur le commerce, sur la comparaison des normes dans les accords, etc. Tous ces travaux ont comme dénominateur commun l'esprit intégrationniste.
MCV: quels sont les instruments dont se sert l'ALADI?
AA: l'ALADI est extrêmement souple. Elle s'efforce d'éviter les erreurs commises dans le passé et a donc cessé de se fixer des objectifs à dates déterminées; en outre, elle crée des instruments pouvant être utilisés par les pays s'ils le désirent. Citons comme exemple de ces instruments, les accords de portée partielle, ratifiés par la plupart des 11 pays membres. Ils ont été créés afin de permettre aux pays qui se ressemblent le plus et sont plus proches géographiquement d'avancer plus rapidement vers l'intégration. Leurs clauses garantissent l'articulation et la convergence intégrationniste des pays. Ce sont ces accords qui confèrent à l'ALADI vie et dynamisme.
Les accords ont contribué à la création de zones de libre-échange; ils proposent par ailleurs des programmes de dégrèvement linéaire automatique. Ce sont des accords de libre-échange et de complément économique au sein desquels on envisage une libéralisation totale du commerce d'ici 2007: cela signifie que tous les articles taxés et qui représentent 78% du commerce des pays de l'ALADI ne le seront plus dès 2007: cette année-là, tous les produits mentionnées dans les accords auront un impôt d'importation "0". Evidemment, certains accords entreront en vigueur plus rapidement, mais il faudra mettre en place tous les chaînons manquants entre ces différents accords pour qu'on voit l'achèvement du réseau permettant aux 11 pays d'être liés par des accords semblables. Et l'accord le plus important, que l'on négocie actuellement, est celui du MERCOSUR et du Pacte Andin.
MCV: peut-on dire que les pays membres bénéficient d'un soutien permanent?
AA: l'ALADI joue plusieurs rôles, de la négociations des accords à leur gestion. La première étape consiste à offrir un soutien technique aux négociateurs: c'est l'étape la plus longue du processus. La seconde vise à transformer le texte adopté en un accord opérationnel; donc détailler les articles frappés de droits de douane et formuler les normes d'exécution à ces accords, afin qu'il y ait une sécurité juridique: cette étape est courte, mais épineuse. La troisième, c'est l'étape de la gestion des accords, puisqu'une fois énoncés sous forme de document opérationnel, les accords doivent être gérés avec rigueur pour qu'ils soient bien appliqués: par conséquent, il faut un suivi constant qui débouche sur la rédaction de protocoles additionnels, permettant d'interpréter ou de modifier l'accord en question. Nous offrons un soutien technique aux représentants gouvernementaux sous forme d'accès à nos informations et à nos études, une aide qui est disponible dans presque tous nos secteurs d'activités.
De plus, nous assurons le suivi de l'ensemble du processus d'intégration, un suivi qui va au-delà de la portée des accords. Par exemple, nous faisons un suivi de l'investissement, de la stratégie transfrontalière d'entreprise, des infrastructures de transport et d'autres accords d'intégration qui ne sont pas forcément commerciaux. N'oublions pas de signaler l'appui aux citoyens, regroupés en associations de formes diverses: groupes de recteurs, d'universités, associations médicales, de déontologie professionnelle... et qui manifestent un intérêt 91 croissant pour l'intégration latino-américaine. Et c'est l'ALADI qui contribue à cet essor d'idées intégrationnistes.
Nous soutenons le cadre normatif commun et encourageons la rédaction d'accords régionaux. Il en existe d'ailleurs plusieurs, ils constituent une garantie pour tous les pays. La richesse de l'ALADI réside dans la multiplicité d'accords partiels et la mise sur pied d'une banque de données juridiques par secteur.
MCV: existe-t-il des actions précises en faveur des pays les moins développés de la région? Quels sont les liens entre l'ALADI et les entreprises?
AA: nous soutenons en priorité les pays ayant un développement productif limité, comme l'Équateur, la Bolivie et le Paraguay et nous concentrons le gros de nos activités sur des segments déterminés du secteur privé des pays. Durant la dernière réunion du Conseil des ministres, qui s'est déroulée les 5 et 6 novembre 1998, nous avons adopté un mandat habilitant l'ALADI à œuvrer pour l'amélioration de la participation des entreprises dans le processus d'intégration, par le biais d'une information appropriée, un soutien technique pour leurs réunions et la possibilité de nous consulter.
Dans la pratique, nous nous efforçons de canaliser les opinions des entreprises et de les orienter vers les organismes publics. Dans ce cadre, l'EULABANK et BLADEX ont participé aux travaux de perfectionnement de la Convention sur les paiements réciproques. Il y bien des années, nous avions recueilli les propositions des entreprises, qui avaient débouché sur l'accord relatif aux normes techniques de promotion du commerce. On le considère aujourd'hui comme un accord régional. Par conséquent, on peut dire que les consultations sont l'un des aspects de notre soutien à la gestion des entreprises.
MCV: de quelle manière l'ALADI collabore-t-elle avec les autres organismes de la région, notamment la Corporation Andine de Développement et le Fond Latino-américain de Réserve?
AA: parmi les mandats qui sont les nôtres, et qui sont réitérés à chaque Conseil des ministres, nous en avons un qui traite de la coordination avec les organismes latino-américains. Nous avons une coordination étroite avec la CEPAL (Commission Economique des Nations Unies pour l'Amérique Latine), avec le Système Economique Latino-américain (SELA), la Banque Interaméricaine de Développement (BID), l'Organisation des Etats Américains (OEA), le Marché Commun Centraméricain (MCCA), ainsi qu'avec d'autres organismes de développement et d'intégration régionale.
Mis à part la Convention des Paiements Réciproques, dans le système financier, nous entretenons d'autres relations importantes qui se sont manifestées déjà de par le passé, telles que celles que nous entretenons avec le Fond Andin de Réserve, qui peu à peu se transforme en un fond de réserve latino-américain; nous avons œuvre pour cette transformation. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Corporation Andine de Développement, étant donné qu'il s'agit d'un organisme d'intégration extrêmement important, et pas uniquement pour l'intégration à l'intérieur de la région andine, puisque deux de ses partenaires sont le Mexique et le Brésil. Nous avons plusieurs activités en commun: nous menons une étude afin d'analyser les potentiels et les problèmes d'une région d'importance qui est en train de connaître un essor considérable, et qui se situe au centre est du continent; elle comprend certains états du Brésil, toute la Bolivie, tout le Paraguay, le nord de l'Argentine, le nord du Chili et le sud du Pérou.
MCV : comment l'ALADI encourage-t-elle les exportateurs latino-américains? En quoi consiste cette Convention des paiements réciproques?
AA: nous soutenons les exportateurs de deux façons: tout d'abord, nous leur offrons notre système d'informations sur les droits de douane, les mesures para-douanières, les normes d'origines, etc. des 11 pays membres. En deuxième lieu, le Conseil des Affaires Financières de l'ALADI, dont le secrétariat technique relève du Secrétariat Général, réalise diverses actions dans ce sens.
La Convention des crédits réciproques est un système de "clearing" qui offre des garanties de paiement, de convertibilité et de transférabilité automatique des importations et exportations des pays de l'ALADI. Elle fonctionne sur la base de compensations de comptes à travers les banques centrales des pays d'origine des importateurs et des exportateurs. Son objectif est de fonctionner dans des situations de crise, lorsque les pays dont pas une grande liquidité ou lorsque la balance des paiements se voit menacée. La Convention facilite le commerce entre les pays et est intéressante pour les banques commerciales nationales et étrangères, puisque le risque institutionnel est pratiquement inexistant. Il ne resterait en fait que le risque commercial, ce qui signifie que le financement des exportations en général est plus sûr.
MCV: comment l'ALADI prend-elle part aux investissements étrangers? Y a-t-il un mécanisme visant à réduire le risque dans la région?
AA: notre action en faveur des investissements est directe dans la mesure où l'ALADI, en tant qu'organisation complexe, englobe plusieurs aspects. L'ALADI, c'est MERCOSUR et le Pacte Andin. C'est également l'ensemble des accords de portée partielle signés et les organismes qui y interviennent. Dans une organisation d'une telle complexité, il est évident que la garantie des investissements est liée aux perspectives de la région, qui elles sont tributaires du processus d'intégration, de l'augmentation des échanges, de la mise en place des potentiels de production. Nous possédons les réserves d'eau douce les plus importantes, des réserves excédentaires de pétrole et de gaz, et nous serons les fournisseurs en aliments pour le monde durant plusieurs dizaines d'années. Notre biodiversité nous permet d'inventer de nouveaux produits.
Des éléments favorables, tels qu'infrastructures, incorporation des ressources naturelles et humaines avec des avantages comparatifs ont été peu à peu mis en place dans la région. C'est tout ce climat que cherche à favoriser l'ALADI par le biais de ses mécanismes juridiques, ses accords, ses négociations. On pourrait dire que l'heure de gloire de l'Amérique latine est arrivée. Les garanties d'investissements passent par les perspectives de croissance, par la création de nouveaux marchés. Auparavant, les pays de l'ALADI entretenaient plus de liens avec l'Europe ou les Etats-Unis entre eux. Ils se tournaient le dos. Aujourd'hui, ils s'unissent et créent des espaces. On pourrait résumer cette garantie d'investissements en disant qu'il s'agit de la génération d'espaces économiques nouveaux, innovateurs et dynamiques. Notre continent est moins désavantagé que d'autres en termes de gestion des affaires publiques- s'agissant de la paix, il n'y a pas de grands conflits territoriaux, pas de guerres tribales. Notre civilisation est une civilisation métisse, qui part du principe selon lequel la création d'un monde nouveau, ou d'une civilisation nouvelle, est le fruit du mélange des races. Mais il est vrai que dans certains pays, c'est l'état qui joue un rôle prépondérant dans la situation financière nationale. Les entreprises doivent alors passer par une phase violente de restructuration technologique et organisationnelle, autant d'éléments qui jalonnent la vole de la croissance mondiale.
Il convient toutefois de souligner que le problème central est celui de la crise financière internationale. Mais si vous posez la question aux multinationales, nationales ou étrangères, vous verrez qu'en dépit de la crise, les programmes d'Investissements des entreprises en Amérique latine se poursuivent au même rythme qu'auparavant. Pourquoi? tout simplement parce qu'ils considèrent avant tout le climat favorable qu'a engendré la création du nouvel espace.
MCV: comment l'ALADI envisage-t-elle de promouvoir ses relations avec les économies européennes? Est-ce une institution qui tend vers la multilatéralisation?
A.A: vous savez bien que l'association est faite pour intégrer les pays latino-américains. Ces pays dispose d'un autre forum dont l'objectif est la création de liens institutionnels avec l'Europe. Dans la pratique, c'est l'ALADI qui entre en contact avec l'Europe à travers les échanges et les investissements. En outre, le moment où l'ALADI deviendra multilatérale et se transformera en un forum de dialogue avec l'Europe viendra.
Si l'on considère la multiplicité des accords, nous allons nous retrouver dans une situation curieuse, car s'ils se ressemblent tous de par leur normes, il existe cependant bien des différences. Un jour ou l'autre, ces différences devront être abordées. Je vous donne un exemple afin d'illustrer la situation: si un pays A a un accord avec un pays C, et le pays B a un accord avec C. Pour le même produit, A et B auront des normes d'origines différentes. A un moment donné, le pays le moins avantagé demandera à C comment il se fait qu'il a des normes d'origine différentes pour un même produit. Il y a là un problème de "trade affairs". Comment résoudre un tel problème? Où va-t-on le faire? Au forum qui est l'ALADI, qui existe déjà; cet état de faits prouve qu'il y a véritablement une tendance à la multilatéralisation.
Notre rapport à l'Europe variera au gré des relations des pays et des accords plus spécifiques. Je voudrais mentionner un autre aspect qui montre de quelle manière l'ALADI est appelée à jouer un rôle de plus en plus important. Cuba deviendra notre douzième pays membre. Cela prouve que les relations commerciales et économiques, essence même de l'association, ont une connotation d'intégration au-delà de l'aspect purement commercial ou économique. A cet égard, l'aspect stratégique est important et en conséquence, doit être pris en considération en Europe. L'ALADI joue de plus en plus le rôle d'une organisation supranationale: progressivement, elle acquiert cette supranationalité dans le sens où les pays reconnaissent et apprécient le consensus régnant dans l'institution. Ce phénomène va en s'amplifiant et l'édification de l'ALADI se fait des parties vers le tout. C'est une réalité juridique et institutionnelle, avec un poids certain dans l'économie mondiale, dans la configuration des blocs, dans les relations internationales en général.
MCV: quel sens a pour vous la mondialisation? Dans ce contexte, quelles sont les perspectives pour l'Amérique latine?
AA: On a encore peu étudié le phénomène de mondialisation, mais il n'est pas nouveau. Nous avons eu plusieurs vagues de mondialisation: Elle est toujours associée à une nouvelle technologie. Les progrès technologiques de la navigation ont permis la découverte de l'Amérique, le déplacement des Européens vers l'Asie et l'Afrique. La mondialisation que nous connaissons aujourd'hui est elle aussi liée à de nouvelles technologies dont les plus importantes sont celles de la communication et de l'informatique, d'où mondialisation de la communication qui a des retombées financières.
La mondialisation est un phénomène qui amplifie et transforme l'organisation des multinationales. Elle est synonyme de contrôle des opérations des entreprises dans le monde entier -en temps réel- grâce au système de communication instantanée. Auparavant, le contrôle stratégique était concentré dans les sièges des entreprises, tandis qu'aujourd'hui le progrès technologique est diffusé partout, voilà pourquoi nous assistons, entre autres, à une série de pressions afin que l'on adopte un critère unique de propriété intellectuelle: cela permet aux multinationales de mettre au point des techniques dans d'autres pays et de maintenir le contrôle de la propriété technologique, clé de leur stratégie mondialisée.
En même temps, il ne faut pas perdre de vue un autre phénomène: il n'y a jamais eu dans l'histoire un processus de mondialisation comme celui que nous observons aujourd'hui, dans le sens où la diversité, les possibilités et l'ampleur du développement technologique sont multiples. Les technologies actuelles ne sont pas limitées comme naguère - comme le cas du métier à tisser, de la machine à vapeur ou du développement de la navigation - qui étaient spécifiques et uniques. Aujourd'hui la palette de possibilités de développements technologiques qui ne sont pas encore dominées par les grands groupes est énorme. Les petites et moyennes entreprises réussissent par conséquent à émerger dans des secteurs de pointe. On peut appliquer ces technologies à la nature de nos pays, tirer profit de notre biodiversité et créer de nouveaux produits.
On peut donc prendre une foule d'initiatives à partir de l'Amérique latine. Notre dépendance technologique d'après-guerre vis-à-vis de l'Europe et des Etats-Unis était plus asservissante, plus difficile à rompre. Aujourd'hui, nous avons plutôt une interdépendance avec de nombreuses possibilités de créer de nouvelles technologies, donc une certaine marge pour le développement de nouveaux produits, de nouvelles méthodes de production dans nos pays, sans parler des méthodes d'organisation, de coopération, etc., qui aboutissent au logiciel, de nombreuses portes sont ouvertes, parce qu'il n'existe pas de domination technologique du logiciel. D'aucuns, dans le domaine d'Internet, se trouvent en situation de monopole ou d'oligopole. Mais certains produits spécifiques répondent à des utilisations spécifiques et ont de gigantesques opportunités de création technologique. Cette caractéristique est nouvelle et est favorable à l'Amérique latine. Les transnationales doivent s'adapter au langage du consommateur et à la proximité des responsables des facteurs de production. Tous ces changements interviennent dans un climat favorable d'Investissements productifs pour les capitaux propres et étrangers. Contrairement au passé, lorsque la dépendance technologique représentait un obstacle, le présent voit le progrès technologique comme une possibilité de développer nos pays.
REVUE PACE - Décembre 1998
MCV: quelles sont les origines de l'ALADI?
AA: elle a été créée en 1980, conformément au traité de Montevideo et résulte d'une transformation de l'Association Latino-américaine de Libre-échange. Elle est composée des quatre membres du MERCOSUR que sont l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, les cinq pays andins (L'Equateur, la Colombie, le Pérou, la Bolivie et le Venezuela) puis le Chili et le Mexique.
MCV: quelle est sa structure et quels changements ont été réalisés durant votre gestion?
A.A: l'association possède un organe politique suprême, le Conseil des Ministres, qui se réunit toutes les années. Il existe également un organe politique permanent, le Comité des Représentants dont le siège se trouve à Montevideo et qui se réunit une fois par semaine. Finalement, il y a le Secrétariat Général, qui est l'organe technique et que j'ai le plaisir de diriger depuis 1993, à l'occasion de deux mandats consécutifs.
Le secrétariat a été modernisé de fond en comble. Nous avons actuellement, entre autres, un réseau intranet, grâce auquel nous passons des contrats informatisés. En conséquence, notre productivité s'est vue améliorée et nous avons réalisé des études de grande envergure sur le commerce, sur la comparaison des normes dans les accords, etc. Tous ces travaux ont comme dénominateur commun l'esprit intégrationniste.
MCV: quels sont les instruments dont se sert l'ALADI?
AA: l'ALADI est extrêmement souple. Elle s'efforce d'éviter les erreurs commises dans le passé et a donc cessé de se fixer des objectifs à dates déterminées; en outre, elle crée des instruments pouvant être utilisés par les pays s'ils le désirent. Citons comme exemple de ces instruments, les accords de portée partielle, ratifiés par la plupart des 11 pays membres. Ils ont été créés afin de permettre aux pays qui se ressemblent le plus et sont plus proches géographiquement d'avancer plus rapidement vers l'intégration. Leurs clauses garantissent l'articulation et la convergence intégrationniste des pays. Ce sont ces accords qui confèrent à l'ALADI vie et dynamisme.
Les accords ont contribué à la création de zones de libre-échange; ils proposent par ailleurs des programmes de dégrèvement linéaire automatique. Ce sont des accords de libre-échange et de complément économique au sein desquels on envisage une libéralisation totale du commerce d'ici 2007: cela signifie que tous les articles taxés et qui représentent 78% du commerce des pays de l'ALADI ne le seront plus dès 2007: cette année-là, tous les produits mentionnées dans les accords auront un impôt d'importation "0". Evidemment, certains accords entreront en vigueur plus rapidement, mais il faudra mettre en place tous les chaînons manquants entre ces différents accords pour qu'on voit l'achèvement du réseau permettant aux 11 pays d'être liés par des accords semblables. Et l'accord le plus important, que l'on négocie actuellement, est celui du MERCOSUR et du Pacte Andin.
MCV: peut-on dire que les pays membres bénéficient d'un soutien permanent?
AA: l'ALADI joue plusieurs rôles, de la négociations des accords à leur gestion. La première étape consiste à offrir un soutien technique aux négociateurs: c'est l'étape la plus longue du processus. La seconde vise à transformer le texte adopté en un accord opérationnel; donc détailler les articles frappés de droits de douane et formuler les normes d'exécution à ces accords, afin qu'il y ait une sécurité juridique: cette étape est courte, mais épineuse. La troisième, c'est l'étape de la gestion des accords, puisqu'une fois énoncés sous forme de document opérationnel, les accords doivent être gérés avec rigueur pour qu'ils soient bien appliqués: par conséquent, il faut un suivi constant qui débouche sur la rédaction de protocoles additionnels, permettant d'interpréter ou de modifier l'accord en question. Nous offrons un soutien technique aux représentants gouvernementaux sous forme d'accès à nos informations et à nos études, une aide qui est disponible dans presque tous nos secteurs d'activités.
De plus, nous assurons le suivi de l'ensemble du processus d'intégration, un suivi qui va au-delà de la portée des accords. Par exemple, nous faisons un suivi de l'investissement, de la stratégie transfrontalière d'entreprise, des infrastructures de transport et d'autres accords d'intégration qui ne sont pas forcément commerciaux. N'oublions pas de signaler l'appui aux citoyens, regroupés en associations de formes diverses: groupes de recteurs, d'universités, associations médicales, de déontologie professionnelle... et qui manifestent un intérêt 91 croissant pour l'intégration latino-américaine. Et c'est l'ALADI qui contribue à cet essor d'idées intégrationnistes.
Nous soutenons le cadre normatif commun et encourageons la rédaction d'accords régionaux. Il en existe d'ailleurs plusieurs, ils constituent une garantie pour tous les pays. La richesse de l'ALADI réside dans la multiplicité d'accords partiels et la mise sur pied d'une banque de données juridiques par secteur.
MCV: existe-t-il des actions précises en faveur des pays les moins développés de la région? Quels sont les liens entre l'ALADI et les entreprises?
AA: nous soutenons en priorité les pays ayant un développement productif limité, comme l'Équateur, la Bolivie et le Paraguay et nous concentrons le gros de nos activités sur des segments déterminés du secteur privé des pays. Durant la dernière réunion du Conseil des ministres, qui s'est déroulée les 5 et 6 novembre 1998, nous avons adopté un mandat habilitant l'ALADI à œuvrer pour l'amélioration de la participation des entreprises dans le processus d'intégration, par le biais d'une information appropriée, un soutien technique pour leurs réunions et la possibilité de nous consulter.
Dans la pratique, nous nous efforçons de canaliser les opinions des entreprises et de les orienter vers les organismes publics. Dans ce cadre, l'EULABANK et BLADEX ont participé aux travaux de perfectionnement de la Convention sur les paiements réciproques. Il y bien des années, nous avions recueilli les propositions des entreprises, qui avaient débouché sur l'accord relatif aux normes techniques de promotion du commerce. On le considère aujourd'hui comme un accord régional. Par conséquent, on peut dire que les consultations sont l'un des aspects de notre soutien à la gestion des entreprises.
MCV: de quelle manière l'ALADI collabore-t-elle avec les autres organismes de la région, notamment la Corporation Andine de Développement et le Fond Latino-américain de Réserve?
AA: parmi les mandats qui sont les nôtres, et qui sont réitérés à chaque Conseil des ministres, nous en avons un qui traite de la coordination avec les organismes latino-américains. Nous avons une coordination étroite avec la CEPAL (Commission Economique des Nations Unies pour l'Amérique Latine), avec le Système Economique Latino-américain (SELA), la Banque Interaméricaine de Développement (BID), l'Organisation des Etats Américains (OEA), le Marché Commun Centraméricain (MCCA), ainsi qu'avec d'autres organismes de développement et d'intégration régionale.
Mis à part la Convention des Paiements Réciproques, dans le système financier, nous entretenons d'autres relations importantes qui se sont manifestées déjà de par le passé, telles que celles que nous entretenons avec le Fond Andin de Réserve, qui peu à peu se transforme en un fond de réserve latino-américain; nous avons œuvre pour cette transformation. Nous travaillons en étroite collaboration avec la Corporation Andine de Développement, étant donné qu'il s'agit d'un organisme d'intégration extrêmement important, et pas uniquement pour l'intégration à l'intérieur de la région andine, puisque deux de ses partenaires sont le Mexique et le Brésil. Nous avons plusieurs activités en commun: nous menons une étude afin d'analyser les potentiels et les problèmes d'une région d'importance qui est en train de connaître un essor considérable, et qui se situe au centre est du continent; elle comprend certains états du Brésil, toute la Bolivie, tout le Paraguay, le nord de l'Argentine, le nord du Chili et le sud du Pérou.
MCV : comment l'ALADI encourage-t-elle les exportateurs latino-américains? En quoi consiste cette Convention des paiements réciproques?
AA: nous soutenons les exportateurs de deux façons: tout d'abord, nous leur offrons notre système d'informations sur les droits de douane, les mesures para-douanières, les normes d'origines, etc. des 11 pays membres. En deuxième lieu, le Conseil des Affaires Financières de l'ALADI, dont le secrétariat technique relève du Secrétariat Général, réalise diverses actions dans ce sens.
La Convention des crédits réciproques est un système de "clearing" qui offre des garanties de paiement, de convertibilité et de transférabilité automatique des importations et exportations des pays de l'ALADI. Elle fonctionne sur la base de compensations de comptes à travers les banques centrales des pays d'origine des importateurs et des exportateurs. Son objectif est de fonctionner dans des situations de crise, lorsque les pays dont pas une grande liquidité ou lorsque la balance des paiements se voit menacée. La Convention facilite le commerce entre les pays et est intéressante pour les banques commerciales nationales et étrangères, puisque le risque institutionnel est pratiquement inexistant. Il ne resterait en fait que le risque commercial, ce qui signifie que le financement des exportations en général est plus sûr.
MCV: comment l'ALADI prend-elle part aux investissements étrangers? Y a-t-il un mécanisme visant à réduire le risque dans la région?
AA: notre action en faveur des investissements est directe dans la mesure où l'ALADI, en tant qu'organisation complexe, englobe plusieurs aspects. L'ALADI, c'est MERCOSUR et le Pacte Andin. C'est également l'ensemble des accords de portée partielle signés et les organismes qui y interviennent. Dans une organisation d'une telle complexité, il est évident que la garantie des investissements est liée aux perspectives de la région, qui elles sont tributaires du processus d'intégration, de l'augmentation des échanges, de la mise en place des potentiels de production. Nous possédons les réserves d'eau douce les plus importantes, des réserves excédentaires de pétrole et de gaz, et nous serons les fournisseurs en aliments pour le monde durant plusieurs dizaines d'années. Notre biodiversité nous permet d'inventer de nouveaux produits.
Des éléments favorables, tels qu'infrastructures, incorporation des ressources naturelles et humaines avec des avantages comparatifs ont été peu à peu mis en place dans la région. C'est tout ce climat que cherche à favoriser l'ALADI par le biais de ses mécanismes juridiques, ses accords, ses négociations. On pourrait dire que l'heure de gloire de l'Amérique latine est arrivée. Les garanties d'investissements passent par les perspectives de croissance, par la création de nouveaux marchés. Auparavant, les pays de l'ALADI entretenaient plus de liens avec l'Europe ou les Etats-Unis entre eux. Ils se tournaient le dos. Aujourd'hui, ils s'unissent et créent des espaces. On pourrait résumer cette garantie d'investissements en disant qu'il s'agit de la génération d'espaces économiques nouveaux, innovateurs et dynamiques. Notre continent est moins désavantagé que d'autres en termes de gestion des affaires publiques- s'agissant de la paix, il n'y a pas de grands conflits territoriaux, pas de guerres tribales. Notre civilisation est une civilisation métisse, qui part du principe selon lequel la création d'un monde nouveau, ou d'une civilisation nouvelle, est le fruit du mélange des races. Mais il est vrai que dans certains pays, c'est l'état qui joue un rôle prépondérant dans la situation financière nationale. Les entreprises doivent alors passer par une phase violente de restructuration technologique et organisationnelle, autant d'éléments qui jalonnent la vole de la croissance mondiale.
Il convient toutefois de souligner que le problème central est celui de la crise financière internationale. Mais si vous posez la question aux multinationales, nationales ou étrangères, vous verrez qu'en dépit de la crise, les programmes d'Investissements des entreprises en Amérique latine se poursuivent au même rythme qu'auparavant. Pourquoi? tout simplement parce qu'ils considèrent avant tout le climat favorable qu'a engendré la création du nouvel espace.
MCV: comment l'ALADI envisage-t-elle de promouvoir ses relations avec les économies européennes? Est-ce une institution qui tend vers la multilatéralisation?
A.A: vous savez bien que l'association est faite pour intégrer les pays latino-américains. Ces pays dispose d'un autre forum dont l'objectif est la création de liens institutionnels avec l'Europe. Dans la pratique, c'est l'ALADI qui entre en contact avec l'Europe à travers les échanges et les investissements. En outre, le moment où l'ALADI deviendra multilatérale et se transformera en un forum de dialogue avec l'Europe viendra.
Si l'on considère la multiplicité des accords, nous allons nous retrouver dans une situation curieuse, car s'ils se ressemblent tous de par leur normes, il existe cependant bien des différences. Un jour ou l'autre, ces différences devront être abordées. Je vous donne un exemple afin d'illustrer la situation: si un pays A a un accord avec un pays C, et le pays B a un accord avec C. Pour le même produit, A et B auront des normes d'origines différentes. A un moment donné, le pays le moins avantagé demandera à C comment il se fait qu'il a des normes d'origine différentes pour un même produit. Il y a là un problème de "trade affairs". Comment résoudre un tel problème? Où va-t-on le faire? Au forum qui est l'ALADI, qui existe déjà; cet état de faits prouve qu'il y a véritablement une tendance à la multilatéralisation.
Notre rapport à l'Europe variera au gré des relations des pays et des accords plus spécifiques. Je voudrais mentionner un autre aspect qui montre de quelle manière l'ALADI est appelée à jouer un rôle de plus en plus important. Cuba deviendra notre douzième pays membre. Cela prouve que les relations commerciales et économiques, essence même de l'association, ont une connotation d'intégration au-delà de l'aspect purement commercial ou économique. A cet égard, l'aspect stratégique est important et en conséquence, doit être pris en considération en Europe. L'ALADI joue de plus en plus le rôle d'une organisation supranationale: progressivement, elle acquiert cette supranationalité dans le sens où les pays reconnaissent et apprécient le consensus régnant dans l'institution. Ce phénomène va en s'amplifiant et l'édification de l'ALADI se fait des parties vers le tout. C'est une réalité juridique et institutionnelle, avec un poids certain dans l'économie mondiale, dans la configuration des blocs, dans les relations internationales en général.
MCV: quel sens a pour vous la mondialisation? Dans ce contexte, quelles sont les perspectives pour l'Amérique latine?
AA: On a encore peu étudié le phénomène de mondialisation, mais il n'est pas nouveau. Nous avons eu plusieurs vagues de mondialisation: Elle est toujours associée à une nouvelle technologie. Les progrès technologiques de la navigation ont permis la découverte de l'Amérique, le déplacement des Européens vers l'Asie et l'Afrique. La mondialisation que nous connaissons aujourd'hui est elle aussi liée à de nouvelles technologies dont les plus importantes sont celles de la communication et de l'informatique, d'où mondialisation de la communication qui a des retombées financières.
La mondialisation est un phénomène qui amplifie et transforme l'organisation des multinationales. Elle est synonyme de contrôle des opérations des entreprises dans le monde entier -en temps réel- grâce au système de communication instantanée. Auparavant, le contrôle stratégique était concentré dans les sièges des entreprises, tandis qu'aujourd'hui le progrès technologique est diffusé partout, voilà pourquoi nous assistons, entre autres, à une série de pressions afin que l'on adopte un critère unique de propriété intellectuelle: cela permet aux multinationales de mettre au point des techniques dans d'autres pays et de maintenir le contrôle de la propriété technologique, clé de leur stratégie mondialisée.
En même temps, il ne faut pas perdre de vue un autre phénomène: il n'y a jamais eu dans l'histoire un processus de mondialisation comme celui que nous observons aujourd'hui, dans le sens où la diversité, les possibilités et l'ampleur du développement technologique sont multiples. Les technologies actuelles ne sont pas limitées comme naguère - comme le cas du métier à tisser, de la machine à vapeur ou du développement de la navigation - qui étaient spécifiques et uniques. Aujourd'hui la palette de possibilités de développements technologiques qui ne sont pas encore dominées par les grands groupes est énorme. Les petites et moyennes entreprises réussissent par conséquent à émerger dans des secteurs de pointe. On peut appliquer ces technologies à la nature de nos pays, tirer profit de notre biodiversité et créer de nouveaux produits.
On peut donc prendre une foule d'initiatives à partir de l'Amérique latine. Notre dépendance technologique d'après-guerre vis-à-vis de l'Europe et des Etats-Unis était plus asservissante, plus difficile à rompre. Aujourd'hui, nous avons plutôt une interdépendance avec de nombreuses possibilités de créer de nouvelles technologies, donc une certaine marge pour le développement de nouveaux produits, de nouvelles méthodes de production dans nos pays, sans parler des méthodes d'organisation, de coopération, etc., qui aboutissent au logiciel, de nombreuses portes sont ouvertes, parce qu'il n'existe pas de domination technologique du logiciel. D'aucuns, dans le domaine d'Internet, se trouvent en situation de monopole ou d'oligopole. Mais certains produits spécifiques répondent à des utilisations spécifiques et ont de gigantesques opportunités de création technologique. Cette caractéristique est nouvelle et est favorable à l'Amérique latine. Les transnationales doivent s'adapter au langage du consommateur et à la proximité des responsables des facteurs de production. Tous ces changements interviennent dans un climat favorable d'Investissements productifs pour les capitaux propres et étrangers. Contrairement au passé, lorsque la dépendance technologique représentait un obstacle, le présent voit le progrès technologique comme une possibilité de développer nos pays.
REVUE PACE - Décembre 1998



